Bienvenue sur ecologie-pratique.org, anonyme 25 sept. 2017 - 08:15

Sommet international pour la terre Rio +20

À Rio de Janeiro se déroulait sous l’égide de l’ONU, du 20 au 22 juin derniers, et vingt ans après une première conférence, le nouveau Sommet international pour la Terre, dit de Rio+20. La Conférence de 1992 avait permis d’adopter un texte qui fut le point de départ de nombreux programmes internationaux et conventions. 110 chefs d’États et 178 pays y étaient représentés. En sont directement issus les programmes d’action « d’Agenda 21 », la déclaration sur l’environnement et le développement, celle sur les principes concernant les forêts, la convention cadre sur les changements climatiques qui aboutira au protocole de Kyoto, celle sur la diversité biologique, et enfin sur la lutte contre la désertification.

Quand les multinationales prennent les rênes

L’enjeu était de taille vingt ans après. La maison brûle et les responsables politiques avaient la responsabilité historique de mettre en place les outils et les mesures nécessaires pour lutter contre la catastrophe écologique. Deux questions étaient notamment à l’ordre du jour : la place de l’économie verte et la question du cadre institutionnel international pour le développement durable.

Le texte final justifie les attaques des mouvements sociaux contre lui. Car c’est un coup de théâtre auquel nous avons assisté pendant la Conférence internationale. Les travaux préparatoires avaient pris fin avec de nombreux désaccords, marquant des reculs très importants par rapport aux engagements internationaux déjà existants. À ce moment là, seul le Brésil, en tant qu’organisateur, avait les clefs en main pour proposer un nouveau texte de synthèse. Tout le monde attendait ce document pour le discuter avant l’arrivée des chefs d’États. Mais celui-ci, plutôt que d’être présenté aux pays de l’ONU l’a été … au G20 qui se réunissait en même temps au Mexique !

Cela a marqué un tournant dans les négociations. La totalité des revendications des lobbys industriels, pétroliers et financiers a alors été intégrée au texte et notamment celles du BASD (Business action for sustainable development) et du Pacte Mondial des entreprises.

Le cas de l’eau est emblématique : les États-Unis, le Canada, la Turquie, le Brésil et la Chine, ont tout fait pour que ne soit pas mentionné le droit universel de l’accès à l’eau. Le chapitre sur la sécurité alimentaire est lui aussi extrêmement inquiétant : la résolution de la crise alimentaire passera selon le texte par l’accès aux marchés et aux produits financiers. Le développement d’une agriculture paysanne et vivrière est à peine mentionné. C’est le secteur privé et la dérégulation qui joueront le rôle central afin « d’atteindre le développement durable » et les partenariats public-privé en seront un « important outil ». Plus globalement, c’est la prédominance donnée aux mécanismes de marché pour réguler l’environnement et allouer les ressources vers le développement durable qui est encore étendue. Ainsi les « nouvelles sources de financement » sont régulièrement évoquées comme dans le chapitre portant sur le changement climatique. On comprend facilement ce qu’il y a derrière : le marché carbone et les nouveaux actifs financiers et produits dérivés. C’est la financiarisation et la privatisation de l’environnement qui est mise en place.

L’économie verte sera capitaliste et productiviste

Une très grande partie de la discussion a donc tourné autour de la question de l’économie verte. Pour les mouvements sociaux, tout l’enjeu était d’atteindre une définition qui soit au service des peuples, de l’intérêt général et de la soutenabilité écologique. Si le rôle des ONG est reconnu, nous sommes, pour le reste, très loin du compte. Outre la financiarisation, les pays du Nord ont refusé les principes fondateurs de la déclaration de 1992 : principe de pollueurs-payeurs, responsabilité commune mais différenciée entre pays développés et pays en développement, principe de précaution. L’exploitation des ressources naturelles est consacrée comme un des moteurs de la croissance, de la prospérité économique de la planète et consacre le mode de production capitaliste.

Aucune mention ou prise en compte réelle n’est faite des conséquences des pénuries ou de l’extractivisme sur la santé des populations. Enfin, une place centrale est donnée à l’OMC et à la dérégulation des marchés, pendant que toutes les mesures de restrictions du libéralisme sont condamnées. À l’inverse, plus aucune référence à la justice sociale et environnementale n’est faite dans le texte et aucun engagement n’est pris sur les taxes sur les transactions financières ou sur l’énergie pour financer la transition vers des sociétés justes socialement et soutenables écologiquement.

Hollande aura beau regretter qu’il n’y ait pas eu tel ou tel élément, le fait qu’il salue une avancée montre à quel point il a fait siennes les exigences des entreprises. Le texte est limpide : l’économie verte est l’un des outils permettant le développement durable « au même titre que d’autres approches et visions » de nos modes de consommation et de production.
Au final, sans engagements prescriptifs, encore moins contraignants, sans dates réelles de mises en œuvre ou de moyens, rien dans ce texte n’est en mesure de donner satisfaction aux peuples qui avaient bataillé pour un changement radical de l’économie mondiale. L’idée de l’Organisation Mondiale de l’Environnement est repoussée et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement aura tout au plus des compétences élargies. Plus inquiétant encore est la place que prennent les entreprises et les lobbys financiers au sein de l’ONU. Beaucoup disent que les processus multilatéraux ont été enterrés avec ce Sommet pour la Terre qui a vu les accords particuliers d’État à État prendre le dessus. La Chine est allée jusqu’à profiter de sa présence au Brésil pour signer avec lui un accord stratégique de coopération sur l’exploitation énergétique et forestière.

La capitulation en règle des responsables politiques à laquelle nous avons assisté à Rio rend plus que jamais nécessaire une révolution citoyenne qui permette notamment de renverser les alliances actuelles pour donner toute sa place aux mouvements sociaux et écologiques. Le Parti de Gauche ne se reconnaît pas dans cet accord qui considère la Nature comme un capital à gérer et soutient, aux côtés des mouvements sociaux, les droits universels d’accès à l’eau, à la souveraineté alimentaire, la reconnaissance des droits sociaux pour tous, la nécessité de changer notre mode de production et une économie au service de l’Humain d’abord, et non assujettie aux logiques de profit.

Mathieu Agostini

Source le Parti de Gauche

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