Bienvenue sur ecologie-pratique.org, anonyme 18 nov. 2017 - 00:05

Comment sortir du nucléaire ?

Alors que le monde est suspendu au sort de Fukushima, triste commémoration des 25 ans de Tchernobyl, la question est sur toutes les bouches « comment sortir du Nucléaire ? » Pas si simple ! Impossible dans l’immédiat ! La France dépend à 82% de l’électricité nucléaire…

L’accident de Fukushima marque peut-être l’articulation historique vers une croissance hyperbolique des énergies renouvelables. Rob Hopkins a déjà montré quelques modèles de transitions (1). L’histoire s’accélère. Le coût et les conséquences des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) sur l’environnement et le réchauffement climatique incitent à leur abandon progressif. Le nucléaire ne pose pas uniquement le problème des risques de catastrophes. Le vieillissement des centrales, l’entretien, le démantèlement et la gestion des déchets sont à peine évoqués par le débat actuel. Leur coût n’est pas pris en compte dans les tarifs d’EDF. Une prolongation de la durée de vie des 19 centrales nucléaires françaises serait évaluée à 40 milliards d'euros sur 20 ans. Les tarifs régulés ont déjà augmenté de 6% en 2010 et une nouvelle hausse de 6% est programmée cette année. Paul Champsaur devrait proposer prochainement au gouvernement une hausse des prix de près de 30% d’ici à 2015.

Dans ce contexte, l’énergie nucléaire devient de moins en moins rentable. Le Danemark, la Norvège, l’Irlande et l’Autriche n’y ont jamais eu recours. En France, le programme nucléaire développé dans les années 1970, a mis le pays dans une situation de surproduction qu’il faut écouler : TGV, chauffage électrique, et maintenant climatisation et voiture électrique créent de véritables dépendances. A lui seul, le chauffage électrique consomme 62,6 milliards de KWh, la production de 10 réacteurs.

Comment concrètement sortir du Nucléaire ?
Inutile d’allumer des bougies ou d’accrocher une éolienne à son balcon. Une toute première solution, la plus durable de toute, est de produire des négawatts, c'est-à-dire d'en consommer le moins possible. Inventés par Amory Lovins et promus en France par l'association du même nom, les négawatts correspondent aux énergies non dépensées : « L’énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu’on ne produit pas. » Avant tout, il est indispensable de limiter les déperditions thermiques, d’isoler les bâtiments et de réduire les gaspillages en utilisant des appareils plus économes (chauffe-eau, réfrigérateur, congélateur, lave-linge, lave-vaisselle, ampoules basse-consommation...) ou en remplaçant les moyens de chauffage électrique par d'autres plus écologiques. Produire de l’électricité localement permet aussi de réduire les grandes quantités de pertes liées à son transport. Enfin pour limiter l’usage des futures voitures électriques, il faut profondément réorganiser le territoire : créer des centralités locales, mixer les fonctions urbaines et réduire l’étalement des villes.

Le recours aux énergies renouvelables intervient ensuite dans cette transition vers un territoire et un mode de vie durable. En Europe comme aux Etats-Unis, ces énergies font déjà l’objet d’investissements plus importants que pour les énergies classiques. Alors qu’en France, la jeune filière photovoltaïque est en passe d’être sacrifiée, dans le Monde, les projets de centrales photovoltaïques, hydroélectriques, thermosolaires et éoliennes se multiplient. La production d'électricité éolienne mondiale double approximativement tous les trois ans, elle a atteindra en 2011, 240GW soit quatre fois le parc nucléaire français. L'Inde vise l'équivalent de 14 centrales nucléaires en production d’énergies renouvelables pour 2012, la Californie a pour objectif 33% de sources renouvelables d’ici 2020. Les projets de centrales thermosolaires offrent de nouvelles opportunités à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient en plein bouleversement politique. En effet, seulement 5% de la surface du Sahara couverte de capteurs solaires suffirait à approvisionner en électricité la planète entière.

Un référendum sur la question du nucléaire permettrait sans doute de régler une fois pour toute le sort de la filière atomique en France. Il est cependant déjà possible ici, comme en Belgique de refuser de consommer de l’énergie nucléaire.

En Belgique, la coopérative Ecopower fondée en 1991 propose une électricité non seulement de source renouvelable mais aussi la moins chère du pays. Sa capacité de production ne pouvant satisfaire la demande, elle a mis en place une liste d’attente.

En France, depuis le 1er juillet 2004, il est devenu très simple de changer de fournisseur. Si l’électricité acheminée sur le réseau reste la même, ces paresseux d’électrons prennent toujours le chemin le plus court, les circuits financiers sont plus exclusifs. Ainsi les sociétés Alterna Energie et Planète Oui ne proposent que de l’électricité de sources renouvelables. Une partie de l’électricité injectée sur le réseau par Poweo et Proxelia est dite verte et certifiée par des "Certificats Verts". Plus éthique dans son mode de fonctionnement et reprenant le modèle Belge, Enercoop est une société coopérative d'intérêt collectif (Scic), elle distribue à ses clients/sociétaires, l'énergie issue de sources renouvelables générée par des producteurs indépendants. Plus chère que les offres concurrentes, elle défend la maîtrise de la consommation d'énergie et ses bénéfices sont réinvestis dans des nouveaux moyens de production.

L’accident de Fukushima aura-t-il des retombées en France, sinon radioactives, politiques ? Le choix du nucléaire n'a jamais fait l’objet de concertation, en 2007, il a été sorti du Grenelle de l’Environnement, il risque aujourd’hui de devenir en erreur historique. Si demain, les fournisseurs d’électricité verte sont plébiscités, (au risque de manquer de ressources et de créer des listes d’attente) les pouvoirs publics, comme les investisseurs se tourneront naturellement vers ces énergies renouvelables pour enfin sortir du nucléaire.

Ivan Fouquet
blog: http://ecologs.org

1. Rob Hopkins, Manuel de Transition - de la Dépendance au Pétrole à la Résilience Locale, Ecosociété, 2010

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