Bienvenue sur ecologie-pratique.org, anonyme 17 déc. 2017 - 07:06

Payer au poids pour ses déchets?

Infos Une commune d'Alsace à mis en place le payement au poids pour les déchets générés par ses habitants... A peine posée, la question fait mouche. Dans le ravissant village de Ribeauvillé (Haut-Rhin), chaque habitant a quelque chose à dire sur les ordures ménagères. Depuis 2002, la communauté de communes a décidé d'abandonner la taxe généralisée et indifférenciée pour passer à une formule où chacun paye en fonction de la quantité de déchets qu'il produit. Pour mettre en oeuvre ce système baptisé «pesé embarqué», toutes les poubelles ont été équipées d'une puce électronique qui enregistre le poids du bac et le nombre de fois où il est vidé.

«Je trouve cela extra, assure Isabelle Schaal, boulangère. C'est tout à fait normal et si cela permet de trier, c'est un excellent système.» Mais sur le pas de porte voisin, le son de cloche est différent. «Mes factures sont passées du simple au double alors même que je triais déjà mes déchets», constate Christine Foltzinger, qui tient une boucherie charcuterie.

«Grâce à ce système, la quantité de déchets triés a fortement augmenté», se félicite Pierre Adolph, président de la communauté de communes du pays de Ribeauvillé. La collecte de papier carton est ainsi passée de 919 tonnes en 2000 à 1 447 tonnes en 2004. Même progression pour les déchets verts (herbes, feuilles...) : de 1 824 tonnes en 2000 à 2 552 tonnes quatre ans plus tard.

A contrario, assure le responsable local, le poids des poubelles a considérablement diminué : de 250 kg par an et par habitant à 128 kg. «Ce système responsabilise les gens et il est plus juste, renchérit le premier adjoint au maire Gilbert Muller. La taxe qui est en vigueur presque partout en France est fondée sur la valeur locative. Cela signifie qu'une dame âgée vivant seule dans une grande maison paie beaucoup plus qu'une famille de quatre personnes, logée dans un appartement.»

Quant aux factures, qui continuent de contenir une part fixe non négligeable (financement du tri, des déchetteries...), elles n'ont pas considérablement évolué. «Elles n'ont pas bougé pour 50% des habitants, ont augmenté pour 25% d'entre eux et baissé pour l'autre quart», assure Pierre Adolph.

Reste qu'à l'usage, le système présente quelques failles. Nadia Choppe, une jeune maman au foyer, pointe des problèmes concrets : «Les couches pèsent extrêmement lourd», dit-elle. D'autres, qui habitent en appartement, s'estiment pénalisés par rapport à ceux qui occupent des maisons car ils n'ont pas de jardin pour installer une fosse à compost.

Bien que conscient des imperfections du dispositif, Jean-Louis Christ, maire UMP de Ribeauvillé et promoteur de la formule, n'envisage pas pour autant d'y renoncer. Il sait par exemple que la taxe au poids peut perturber les relations de voisinage : bon nombre de poubelles sont cadenassées de peur qu'un citoyen indélicat y jette ses ordures. Selon le premier magistrat, la quantité de déchets déposés dans les poubelles de ville a, elle, augmenté de 40%. Sans oublier les sacs jetés à côté des conteneurs réservés au tri, ceux retrouvés dans les poubelles des entreprises ou encore sur le territoire des communes qui n'ont pas opté pour le même système. «Certains directeurs de supermarché constatent que les gens laissent sur place leurs emballages», raconte encore l'élu (NDLR : une pratique légalisée dans l'Allemagne voisine).

«L'idéal, estime Jean-Louis Christ, serait un système dans lequel les gens continueraient de trier leurs ordures tout en revenant à un financement plus souple.»

 

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