Bienvenue sur ecologie-pratique.org, anonyme 29 avril 2017 - 03:35

Le chanvre : une plante qui gagne du terrain

Infos La récolte du chanvre vient de s’achever. Outre son intérêt agronomique, cette culture trouve pour l’heure son débouché dans la papeterie et la litière animale. Si elle est peu exigeante d’un point de vue cultural, à la récolte, elle demande du matériel adapté à sa résistance et de la patience !
Depuis une douzaine d’années, le chanvre est cultivé en Haute-Saône et dans le Jura. D’année en année, cette culture gagne de plus en plus de surface, interpellant souvent les automobilistes qui craignent toujours d’être passés à côté de cultures prohibées !

Cousin du cannabis, la culture du chanvre est très encadrée et obéit à différentes contraintes administratives comparables à celles de la vigne ou bien encore du tabac. Ainsi, pour se fournir des semences, il faut être adhérent à la coopérative Interval qui est agréée pour la commercialiser. Les variétés proposées répondent aux normes THC. Lorsque les semences sont en terre, et quand l’agriculteur dépose son dossier Pac à la DDAF, il doit joindre toutes les étiquettes des sacs de semences. En outre, les producteurs n’ont plus besoin de préciser à l’administration les dates de fauche et la hauteur de fauche, comme ils le devaient auparavant.

Le chanvre a sa place dans une rotation

À Gevigney-Mercey, Francis Pirouley en cultive aujourd’hui 13 ha sur les 140 qu’il exploite. «Et je pense qu’à l’avenir je vais doubler ma surface en chanvre» explique ce céréalier également administrateur à la coopérative Interval. «Le chanvre a un intérêt agronomique il est donc intégré dans une rotation : colza, blé, chanvre, blé, orge d’hiver. C’est une culture de printemps entre deux cultures d’hiver, elle rompt tous les cycles de maladie et permet de laisser des champs propres. Elle ne nécessite pas de produit phytosanitaire. De plus, les limaces ne se plaisent pas dans cette culture : elles préfèrent les colzas ! Par ailleurs le chanvre a un développement racinaire important qui travaille le sol. Régulièrement je constate que les blés implantés à la suite ont un rendement supérieur de l’ordre de 5 à 7 qx/ha», souligne Francis. Mais attention, cette culture ne supporte pas les excès d’eau.

Pour l’implanter, avant le labour d’hiver, un apport d’engrais de fond est fait. «Le chanvre est demandeur de potasse mais la restitue bien». Début avril, le sol est travaillé avec un outil à dents, puis un apport de 100 unités d’azote est réalisé. À la mi-avril, c’est l”heure du semis. «L’idéal est d’obtenir une levée rapide et uniforme pour étouffer les adventices. On préfère un chanvre d’une hauteur moyenne de 2,50m, dense, plutôt que des plantes de 4m, encore plus difficiles à travailler à la récolte».

Fin août, vient l’heure de la récolte quand le grain est mûr et qu’il a tendance à tomber. Le chanvre est coupé avec une faucheuse “adaptée”. En effet, les fibres ont une fâcheuse tendance à s’enrouler autour des mécanismes. C’est pour cette raison, que les premières récoltes ont été effectuées, avec de vieilles faucheuses à doigts dont les roulements étaient protégés avec du scotch.

Pour sa part, ayant doublé sa surface de chanvre, Francis s’est équipé d’une faucheuse Busatti à 2 lames. Après la coupe, le chanvre reste à terre près de 5 jours. Pour sécher la paille et la laisser blanchir, les andains sont retournés deux fois. Et quand la paille est sèche, elle est bottelée.

Le pressage en balles carrées à l’essai

Et là, l’opération n’est pas banale, elle nécessite une presse adéquate à rouleau ou courroies et des protections au niveau du pick-up. Il faut environ deux heures de préparation de la machine. Cette année, des essais de pressage en balles carrées ont été réalisés. «Ce type de conditionnement est intéressant notamment au niveau du transport. Il est plus facile de rentabiliser un camion avec des balles carrées où il n’y a pas de place perdue. Mais, en balles carrées, il n’est aujourd’hui possible d’utiliser que de la ficelle en plastique alors qu’il est obligatoire d’utiliser de la sisal pour lier. C’est ce type de ficelle qui est utilisé pour les balles rondes. L’usine fait la chasse aux corps étrangers : caillou, plastique y compris si c’est un petit bout de ficelle. Or, on retrouve dans les bords de champs, de plus en plus de bouteilles, sacs plastiques, balancés par des concitoyens peu scrupuleux», constate l’agriculteur de Gevigney.

Des débouchés en papeterie ou en litière

Lorsqu’il est bottelé le chanvre est stocké à l’abri durant une période d’au moins trois mois. Ensuite, il part à l’usine lorsque l’agriculteur le souhaite. Dès lors il est transporté à Arc-les-Gray, pour être travaillé par Eurochanvre. Là, il est défibré. La filasse est séparée. Elle représente un tiers du poids de la plante. La chènevotte : le cœur de la plante est également mis à part et représente le second tiers. Le reste : les graines et les feuilles, sont non valorisées.

Toutefois, au moment de la récolte, certains agriculteurs équipés d’une moissonneuse batteuse quelque peu adaptée, récoltent les graines, le chènevis qui est destiné à la fabrication des aliments pour oiseaux ou poissons.

La filasse est utilisée essentiellement pour la papeterie ou les cordages. La chènevotte, qui a un super pouvoir absorbant évalué à quatre fois son poids, est destinée à la fabrication de litière animale. Elle est aussi utilisée dans le secteur des espaces verts et remplace les écorces que l’on trouve au pied des plantations. Des essais dans le domaine de la plasturgie sont en cours, mais aucun projet n’est avancé, les études se poursuivent.

Quant au prix du chanvre, il est fonction de la qualité. Les pailles blanches ou grises sont appréciées, les pailles vertes sont déclassées. Le prix tient compte de la présence des corps étrangers et du temps de stockage.

Cette culture bénéficie également de la prime SCOP.

Une culture marginale

Actuellement, le marché est porteur mais la culture reste marginale. Ainsi, en France, on recense près de 10 000 ha de chanvre dont 1 300 en Haute-Saône et dans le Jura à un niveau moyen de récoltes de 6T/ha. «Pour engager de véritables programmes de recherche, il faudrait davantage de surfaces».

Toutefois des essais de variétés sont réalisés régulièrement, mais avec le temps, les producteurs ont près de 10 ans d’expérience. Au cours de ces années, les techniques de récolte ont évolué, toutefois elle reste l’étape la plus «stressante». «On doit souvent s’armer de patience et d’un cutter pour dégager les mécanismes emprisonnés par les fibres très résistantes». Malgré ces soucis techniques, Francis envisage d’augmenter ses surfaces en chanvre pour limiter celles en colza où, avant la canicule, la marge a été grignotée par des populations de limaces gourmandes de colza et d’appât !

Source Haute saône agricole
Publié: 18 octobre 2004

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